Les wagons grande vitesse

 

Les wagons isothermes et refrigérants

mise à jour 28 mai 2025µ

Partie 1: avant 1908

 

 

Jusqu'à la fin du XIXème siècle, comme sur les autres réseaux français, le transport des produits frais sur les anciens réseaux de l'Ouest et de l'Etat s'effectue dans des wagons ne disposant pas de moyen d'isolation ou de réfrigération.

Le transport du beurre est effectué dans des wagons couverts, et le transport du lait dans des wagons à claire voie, l'aération naturelle pendant la marche étant jugée suffisante pour des parcours relativement courts. Pour la plupart des laiteries normandes, les produits doivent effectuer un parcours de 3 ou 4 heures. Au mieux, on privilégie le transport de nuit pendant la saison chaude. Toutefois, à la fin du XIXème, la qualité des produits transportés, bière, viande ou produits laitiers, amène la compagnie de l'Ouest et le réseau de l'État à transformer puis construire du matériel dédié au transport de ces produits périssables.

Le train usine Sansinena.

En 1876, Charles Tellier, invente une nouvelle technique de production de froid basée sur la détente des gaz. Il lance un essai de transport de viande congelée en provenance d'Argentine. A cet effet, la cale d'un navire baptisé Le Frigorifique est équipée d'un compartiment réfrigéré. Malgré le succès technique de cet essai, aucune suite commerciale ne sera donnée en France. En revanche, ses solutions techniques seront retenues par la Grande Bretagne qui équipera de nombreux navires et importera massivement la viande congelée d'Amérique du Sud. Un des importateurs Argentin, la société Sansinena, réalisera à partir de 1887 des importations vers la France avec objectif de vendre de la viande dans les quartiers ouvriers de Paris. Cette société dispose d'un abattoir réfrigéré à la Négra, à proximité de Buenos-Aires. Le transport maritime est effectué par la compagnie des Chargeurs Réunis dans des navires équipés d'un système frigorifique, et les produits stockés dans un hangar frigorifique établi au Havre, en attendant l'expédition des viandes par fer. Dans ce but, selon la description figurant dans le rapport d'exposition de 1900, la compagnie des chemins de fer de l'Ouest modifie 7 wagons couverts.

Le matériel est aménagé par l'ajout de parois isolantes et circulation d'air soufflé (procédé Durand). Le schéma indique que les portes coulissantes des wagons ont été conservées, et qu'une deuxième porte a été placée en retrait. La fermeture de ces portes s'effectue à l'aide de clavettes pour assurer une étanchéité.

Le descriptif du procédé Durand indique que ces wagons circulent en train complet. Il comporte deux wagons supplémentaires, l'un d'eux équipé d'une chaudière pour la production de vapeur nécessaire à entrainer une machine frigorifique, l'autre pour les briquettes et l'eau nécessaire à l'approvisionnement de la chaudière. La circulation d'air froid entre la machine frigorifique et les wagons est réalisée à l'aide de conduits souples branchés sur des raccords établis sur les dossiers des wagons transformés.

Si aucune trace de la modification des couverts ne figure aux inventaires du matériel Ouest dont nous disposons, les essais sont cités dans plusieurs documents. Cette disposition aussi appelée " train usine " où la machine frigorifique est installée dans le train, peut convenir dans certains cas particuliers, comme par exemple le transport de denrées pour le ravitaillement de troupes, mais ne convient pas pour des livraisons en wagon isolé.

Wagon Ouest modifié pour le train Sansinena

Les importations de viande congelée resteront avant-guerre à un niveau très bas. Les éleveurs Argentins vendaient les carcasses à un prix dérisoire, les bêtes étant élevées essentiellement pour la laine et les peaux aussi le prix rendu en France était moitié moindre que la viande de détail, ceci malgré les frais de transport et de congélation. Mais sous la pression des éleveurs français, la France a mis en place très rapidement des taxes sur les viandes congelées, de près de 50 fois plus élevées qu'en Grande Bretagne. Aussi malgré un avis favorable des services vétérinaires, les ventes de ces produits congelés resteront assez confidentielles jusqu'au premier conflit mondial.

Le matériel de la compagnie de l'Ouest

Sur la compagnie des chemins de fer de l'Ouest, les premiers aménagements de wagons destinés à transporter des produits frais apparaissent à l'inventaire de 1898. Il s'agit de deux couverts Kx 20200 et 20212 destinés au transport de la bière. Ces wagons issus de la série 20001 à 20242 de 1876, ont une longueur hors tout de 7,2 m et 3,2 m d'empattement. Les aménagements réalisés amènent à réduire la capacité de chargement à 8,5 tonnes au lieu de 10 tonnes. Ils apparaissent notamment loués à la société " La Rose Blanche ", située à Saint Germain en Laye.

Viennent ensuite les wagons J 1501 à 1507. A l'origine, il s'agit de wagons de messagerie, adaptés à circuler en GV. Bien qu'ils aient tous une longueur hors tout de 7,2 m et un empattement de 3.2 m, ils sont construits par différents constructeurs ce qui explique quelques différences dans la réalisation. Le 1501 est construit par Bacalan en 1880, le 1502 par Carel en 1885, les 1503 et 1504 par De Dietrich en 1889, les 1505, 1506 et 1507 par De Dietrich en 1893.

L'Ouest, ou le locataire, dispose une seconde paroi après avoir préalablement isolé la première. Les ouvertures sont équipées d'un dormant sur lequel est fixé une porte battante hermétique.

Le matériel apparait entièrement dédié au transport de la viande fraiche à l'inventaire de 1898, tandis que l'inventaire de 1900 distingue des wagons J 1501, 1503, 1504, 1505 affectés au transport des viandes fraiches et les J 1502, 1506, 1507 affectés au transport du beurre.

Une autre série de wagons frigorifiques est construite entre 1893 et 1899 sur la base des wagons de messagerie de 1888 série J443 à 542 (non freinés) et Jf 5001 à 5057 (wagons à guérite frein). Les dimensions et dispositions de ces wagons sont identiques à celles de la série J 1500, avec une longueur de 7,2 m et un entraxe de 3,2 m. Il est à noter que ces wagons ne possédaient pas tous le même système de réfrigération. On trouve ainsi trois systèmes de réfrigération:

- Frigoricus (type A et type C),
- Système Fleury (type B) dont le bac à glace est disposé latéralement à proximité des portes,
- Système Dubois (type D) qui apparait sur le matériel postérieur au rachat de l'Ouest.

L'exploitation des wagons frigorifiques de l'Ouest

La compagnie des chemins de fer de l'Ouest loue ses wagons aménagés pour les produits frais à des particuliers. Le matériel est fréquemment décoré aux couleurs des sociétés. les caractéristiques techniques sont homogènes: longueur hors tout 7,2 m, entraxe de 3,2 m. Au moment de son rachat, elle posséde environ 47 wagons mis en location:

- 20 unités à la Compagnie des Wagons et Entrepôts Frigorifiques, sise 30 rue des halles à Paris. En plus des J1501 à 1507, on trouve les J 445, 456, 465, 468, 504, 525, 527, 541, 589, 595 ainsi que trois wagons freinés Jf 5021, 5023, 5055
- 13 unités à l'entreprise Bretel Frères, de Valognes (beurre)
- 4 unités à l'entreprise Fortin Frères, de Vire (beurre)
- 4 unités à l'entreprise Lepelletier, de Carantan (beurre)
- 2 unités à la Brasserie de la Rose Blanche, à Saint Germain en laye (bières)
- 2 unités à l'entreprise A.L .Dauger, de Gournay (fromages)
- 1 unité à l'Association des agriculteurs de l'arrondissement de Bayeux (beurre)

- 1 unité à entreprise Jean Cussac (lait, beurre)

 

En plus de ces wagons loués à des sociétés, la compagnie de l'Ouest avait aussi autorisé la circulation de 13 wagons de particuliers :
- 5 unités à la Brasserie de la Meuse à Sèvres (bière)
- 4 unités à G.Pellerin et Compagnie (beurre)
- 3 wagons de la " société Charles Gervais " située à Gournay Ferrière (fromages). Initialement numérotés 1 à 3, ces wagons portent les numéros 450221 à 450223 à l'inventaire de 1908.
- 1 unité à la société Maggi à Vernon (lait)

Wagon J 589 loué à la Compagnie des Wagons Frigorifiques

Le matériel de l'ancien Etat

En 1899, le réseau de l'Etat reçoit une demande de l'association centrale des Laiteries coopératives des Charentes et du Poitou pour transporter du beurre à destination de Paris. En réponse, l'État lui octroit gracieusement trois wagons de la série Gx 6319 à 6598, à charge pour l'association de les aménager en wagons glacières.

La modification consiste à rajouter une seconde cloison intérieure, un faux plancher, et une porte pivotante et étanche en regard de la porte coulissante. Des panneaux de liège sont intercalés pour assurer l'isolation. Les wagons comportent deux bacs à glace de 600 à 800 kg utilisés l'été, deux récipients à chaux vive destinés à contrer l'humidité produite par la condensation , des étagères sur trois niveaux pour recevoir des paniers.

Exploitation des wagons frigorifiques sur le réseau de l'Etat

Les producteurs de volailles et de viandes des régions desservies par l'Etat n'étant pas regroupée en syndicat comme leurs homologues de la branche laitière, ils ne peuvent organiser de transport par wagon entier. Aussi le réseau de l'Etat va organiser un service de collecte, en intégrant les wagons frigorifiques aptes à la circulation grande vitesse sur les trains réguliers.

 

Cette fois il transforme lui meme 13 wagons de messagerie Gx 6555 à 6567 de la mème série. Pour dsitinguer le type de produit transporté, l'Etat fait apposer sur les wagons à viande deux bandes diagonales rouges, les wagons destinés au transport du beurre recevant des diagonales vertes. Les wagons destinés à la collecte entrent en service au 1er juillet 1903, et sont incorporés aux trains express de nuit arrivant entre 4h et 5h du matin dans la capitale, par trois itinéraires principaux :

- Saint Mariens - Niort - Thouars - Paris Vaugirard
- La Rochelle - Niort - Thouars -Paris Vaugirard
- La Rochelle - La Roche sur Yon - Bressuire - Thouars - Paris Vaugirard

Les expéditions par wagon frigorifique sont considérées pour des produits pesant " au minimum 50 kg ou payant pour ce poids " et portant la mention " à transporter dans le wagon réfrigéré État ". Elles sont soumises à une majoration tarifaire d'environ 10%, couvrant les frais de réfrigération, l'aménagement des wagons étant supportés par le réseau.

Le réseau de l'État va mettre en avant son nouveau service par le biais de réclames publicitaires.

Wagon de l'ancien Etat Gx 6565 modifié pour le transport des viandes.

à suivre.